Revue d'information Economique

Numéro 11 - Décembre 2002

SITUATION SOCIO-ECONOMIQUE DE MADAGASCAR EN 2002

[Table des matières]    Partie  I   II  III  IV  V

I    La Crise et son Impact 

La crise a commencé au début du mois de Février 2002 au moment où le barrage de  Brickaville  a été érigé. Celui-ci a été suivi par le dynamitage de ponts et par les barrages antiéconomiques qui ont coupé les grands artères reliant la capitale et les autres provinces.

Ajoutés au manque de carburants, ces facteurs ont asphyxié non seulement le secteur des transports, mais également toute l'économie. Les biens et les personnes ne pouvaient plus circuler librement.

Les impacts de la crise peuvent de ce point de vue se résumer (i) sur le plan économique par le ralentissement des activités en général sinon la cessation pure et simple de nombre d’entre elles, et (ii) sur le plan social, par l’accentuation de la dégradation des conditions de vie déjà précaires des populations surtout les plus démunies.

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I.1 Conséquences économiques de la crise

D'une manière générale, la crise s’est manifestée par la pénurie des biens, la fermeture d'entreprises, la perte d'emploi, la hausse générale des prix, le blocage de l’administration, la fermeture du Marché Interbancaire de Devises (MID), l'arrêt de l'émission de bons du trésor, le gel des avoirs extérieurs, la suspension des relations commerciales et financières avec le reste du monde. la diminution des revenus. L’impact négatif direct sur le revenu national 2002 est ainsi provisoirement évalué à environ 500 millions de dollars US, nonobstant la perte de confiance de l’extérieur et le départ des investisseurs étrangers.

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I.1.1 Le secteur primaire et la crise

L’agriculture n'a pas été très affectée par la crise du fait essentiellement que cette dernière est intervenue après la saison culturale à l’exception de certaines activités telles celles relatives à la production cotonnière qui n’a pas été directement touchée jusqu’en juillet 2002.

Cependant, une baisse significative du revenu agricole et de l'élevage, respectivement de 37,6 % et 31,2 % par rapport à l'année 2001, a été observée, conséquemment à la baisse du taux d'activités et à la diminution des quantités commercialisées. Le monde rural devait en effet renflouer son stock de produits destinés à sa consommation en prévision des aléas au moins dans le futur immédiat.

La rareté des collecteurs, faute de crédit et de moyens de communication, s'est conjuguée à ce phénomène à travers une influence  négative sur les prix (baisse substantielle d'environ 62,5 % pour l'agriculture et 43,2 % dans l'élevage).

Ce problème de transport a par ailleurs entraîné une mobilité moindre de la main d'œuvre agricole dont l'utilisation a diminué de 23,2 %, en perturbant la migration saisonnière. Ceci a incité les ruraux à faire appel plutôt à la main d'œuvre familiale, leur laissant ainsi un peu de latitude pour minimiser leurs dépenses monétaires.

L’impact potentiel se reflèterait à travers les anticipations fournies par les opérateurs agricoles notamment sur la production future et donc sur le revenu du secteur. D’après eux la baisse des rendements agricoles est à craindre si les problèmes d’approvisionnement  en intrants agricoles (insecticide, engrais…), de suspension des projets d'aménagement, de la tendance à la hausse des produits vétérinaires et la crainte d’une pénurie  de médicaments qui entraîneraient une augmentation de l'incidence des maladies phytosanitaires et des cas d'epizootie ne sont pas résolus à temps.

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I.1.2 Impact de la crise sur les entreprises industrielles

Une étude effectuée dans le cadre du Plan de Sauvetage d'Urgence de l'Economie (PSUE) fait état des principaux impacts sur le secteur secondaire qui a le plus souffert de la crise.

Le manque de matières premières locales et importées, les problèmes d'écoulement des produits sur le marché intérieur, l'impossibilité d'exporter, la réduction de la demande intérieure ont conduit à la baisse voire à l'arrêt de la production de plusieurs entreprises. Ces phénomènes ont entraîné:

- une baisse du taux d'activités allant de 55% dans la chimie à 78% dans l'extractive par rapport à 2001;

- une diminution des chiffres d'affaires de 51% dans l'alimentaire à 89% dans le textile et cuir;

- une baisse de l'effectif qui a atteint un pic de 48% dans l'alimentaire, durant la même période;

- une baisse d’activités, un chômage technique et des fermetures d’entreprises franches.

La crise est survenue  à un  mauvais moment car c’est au cours du premier trimestre que se déroulent les livraisons de la saison de production et que se négocient les commandes de la prochaine année.

 Les clients ont retardé puis annulé un grand nombre de leurs livraisons prévues mais aussi leurs résérvations de capacité et leurs commandes pour la prochaine saison. Les usines se trouvent sans commande jusqu'à la prochaine campagne commerciale qui aura lieu au troisième trimestre. Certains opérateurs ont ainsi pris la décision de quitter Madagascar du fait de l'accumulation de difficultés irrésolues depuis les mois de crise. Les fermetures des entreprises entraînent une perte d'emplois et une dimution considérable de la participation des ZF à la formation du PIB. Par conséquent, un taux de croissance inéluctablement négatif est attendu pour l’année 2002 dans le secteur secondaire.

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I.1.3 Le secteur tertiaire

Le secteur tertiaire est lui aussi fortement touché par la crise. L'étude PSUE citée plus haut fournit les mêmes indications sur le secteur tertiaire durant la même période suivant les impacts ci-après :

- une baisse généralisée du taux d'activités variant de 40% dans les banques à 75% dans les BTP et les télécommunications;

- une diminution des chiffres d'affaires  atteignant 82% dans le tourisme et les télécommunications,

- une réduction subséquente de l'effectif allant de 3% dans les banques à 36% dans le commerce.

Pour le secteur bancaire, la situation déjà florissante des activités au cours des dernières années s’est trouvée compromise. En effet, les entreprises, qui ont subi d’énormes difficultés financières durant la crise, ont été dans l’impossibilité d’honorer leurs échéances bancaires. A cela s’est ajouté le ralentissement des activités d'exportation de l'ensemble du secteur (-63%) en raison notamment de la fermeture du MID et du gel des avoirs extérieurs.

C’est surtout le secteur transport qui a été le plus sévèrement affecté par les impacts de la crise. La hausse du prix du carburant est estimée atteindre 500%. Le trafic routier n’a fonctionné qu’à 10% de sa capacité à la suite de la destruction de ponts soit par dynamitage soit comme dégâts laissés par le cyclone Kesiny à Toamasina (23 ponts détruits au total) et de la dégradation des réseaux routiers. Pour le trafic aérien, presque toutes les lignes intérieures et extérieures ont été suspendues. Cette situation a entraîné une baisse de 60% du nombre de touristes enregistrés jusqu’au mois de juillet 2002 par rapport à la même période de l’année précédente. Par ailleurs, la situation financière déjà critique de la compagnie aérienne nationale Air Madagascar s’est aggravée.

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I.2 Les Conséquences Sociales de la Crise

Les effets néfastes de la crise perceptibles notamment sur le revenu et sur l’emploi des populations les plus démunies se manifestent de la manière la plus cruciale sur la capacité de ces dernières à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires, notamment dans le domaine de l’éducation des enfants, de leur état sanitaire et de leur nutrition, en conjonction avec la détérioration des infrastructures publiques de base.

Les catégories les plus frappées sont les petits producteurs ruraux, en particulier ceux qui sont implantés loin des marchés et dont le revenu a diminué d’environ de moitié; les personnes du milieu urbain qui faisaient déjà partie des plus démunis avant la crise et les nouveaux chômeurs urbains (se chiffrant à environ 150.000 et entraînant avec eux ensemble près de 500.000 personnes) victimes de fermetures d’usines notamment d’entreprises franches.

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I.2.1 L’Education

L'éducation primaire et l'enseignement secondaire ont de plein fouet ressenti les impacts de la crise tant au niveau de l'accès aux services qu'au niveau da la qualité de l'enseignement.

L'interruption du déroulement de l'année scolaire 2001-2002 a été constatée dans la majorité des écoles en zone urbaine (96,2%) pour une durée moyenne de 45 jours dans le public et de 35 jours dans le privé selon l'étude faite par le programme ILO déjà cité sur 200 écoles primaires et secondaires.

Il y a eu également un changement d'horaires des cours à cause des difficultés de déplacement. Les enseignants ont été dans l'obligation de poursuivre leurs cours en journée continue afin de pallier ces difficultés. Ce changement dans les horaires des cours a engendré une réduction du volume horaire en milieu urbain, passé de 30 heures avant janvier 2002 à 28,9 heures après Mars 2002 (après la reprise des cours). Le calendrier scolaire a également été perturbé. Les examens officiels ont été retardés d'environ 1 mois ainsi que la rentrée scolaire 2002-2003, reporté pour la première semaine du mois d'Octobre 2002 initialement programmée pour le 16 Septembre 2002.

Le taux d'abandon scolaire a augmenté de 10% entre 2001 et 2002, période au cours de laquelle il est passé de 7,7% en mars 2001 à 8,5% en mars 2002. L'absentéisme après la reprise officielle des cours en Mars 2002 a aussi connu une hausse de 20% par rapport au premier trimestre de l'année scolaire avec un taux d'absentéisme journalier passant de 2,4% au premier trimestre à 3% pour l'intervalle mars à juin 2002. Les difficultés financières engendrées par la baisse des activités surtout en milieu urbain pendant la période de crise restent la principale cause de la hausse de l'abandon scolaire et de l'absentéisme des élèves. Les parents d'élèves avaient en effet beaucoup de mal à honorer les divers frais et dépenses de scolarisation (y compris le transport en dehors de l'achat des fournitures). A cela s’est ajoutée en milieu rural l’utilisation plus accrue de la main d’œuvre fournie par les enfants pendant la période de récolte de riz (mars-juin).

Le nombre des enseignants payés par les associations de parents d’élèves (FRAM) a diminué de 10% par rapport à la situation de début de l'année scolaire 2001-2002. Deux raisons peuvent expliquer cette situation : premièrement les associations de parents ne peuvent plus se permettre de payer leur salaire; deuxièmement le salaire proposé par les associations ne suffit plus à couvrir les dépenses personnelles de ces enseignants qui préfèrent dans la mesure du possible s’adonner à d’autres activités plus rémunératrices.

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I.2.2 La Santé

La situation de l'année 2002 dans ce secteur s’est nettement détériorée que ce soit en matière d'offre de services ou dans le domaine de l'utilisation de ces derniers par rapport à celle de l'année précédente. Cette dégradation s'est manifestée pour l'essentiel par une prévalence des maladies endémiques plus élevée, la diminution notable de la fréquentation par la population des centres de santé, la faible couverture vaccinale, tout ceci face à l'insuffisance de médicaments notamment dans les communes rurales et le faible niveau du stock de médicaments dans les centres de santé de base.

 Le résultat d'enquête menée par le programme ILO affirme que la probabilité de trouver des médicaments a baissé de 17%. Cette situation est encore pire dans les centres de santé éloignés du chef lieu  de province. Selon encore la même source, la probabilité de ne plus trouver de médicament pendant et après la crise est de 4% pour les communes urbaines; 17% pour les communes proches; et 27% pour les communes éloignées. Seulement 50% des centres enquêtés qui ont utilisé des réfrigérateurs avant la crise l'utilisent au mois de juin 2002. Ce retrait est dû principalement au manque de gaz, de pétrole et de pièces de rechange pour faire fonctionner ces matériels

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I.2.3 Le Bien-être

La baisse du revenu qui s’est surtout manifestée par une diminution conséquente de la demande s’est traduite d’une manière générale par l’augmentation du pourcentage de familles n’ayant même pas la capacité de se procurer la plupart des produits alimentaires de base (de 32% avant la crise à environ 42%). De l’autre côté, la hausse du prix des produits de première nécessité est venue aggraver le niveau déjà très bas du pouvoir d’achat (revenu primaire) avec ce que cela implique comme répercussions néfastes sur la satisfaction des besoins fondamentaux de la population.

Par ailleurs, faute d’entretien et de réhabilitation, la détérioration déjà avancée des infrastructures socio-économiques a entraîné des difficultés accrues d’accès notamment à l’eau potable et à l’assainissement, en dehors des services sanitaires et d'éducation (redistribution de revenu).

A tout cela s’ajoute l’insécurité surtout en milieu rural où le vol de bœufs a connu une recrudescence accentuée durant le premier semestre 2002.

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I.3 La Situation Macroéconomique en 2002

Selon les estimations et sur la base de la situation actuelle, il ressort que l’économie de Madagascar connaîtrait une récession en cette année 2002, avec un taux de croissance économique significativement négatif de -12%. Tous les secteurs d’activité ont vu leur production diminuer.

La situation macroéconomique de Madagascar se reflète dans le Tableau 1 ci-dessous donnant les indicateurs prévus pour l’année 2002.

Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques pour 2002

 

2001

2002

(variation annuelle en %)

 

 

 

 

 

Comptes nationaux et prix

 

 

 

 

 

PIB aux prix constants

 

6,0

 

-11,9

 

Deflateur du PIB

 

9,0

 

15,4

 

 

 

 

 

 

 

(variation annuelle en %)

 

 

 

 

 

Secteur extérieur (en termes de DTS)

 

 

 

 

 

Exportations, f.o.b.

 

20,8

 

-46,4

 

Importations, c.a.f.

 

5,6

 

-33,4

 

 

 

 

 

 

 

(en pourcentage du PIB)

 

 

 

 

 

Comptes Nationaux

 

 

 

 

 

Investissement intérieur brut

 

19,0

 

10,0

 

Secteur public

 

7,2

 

4,4

 

Secteur privé

 

11,8

 

5,6

 

 

 

 

 

 

 

Opérations globales du Trésor

 

 

 

 

 

(en pourcentage du PIB)

 

 

 

 

 

Recettes totales

 

10,0

 

7,2

 

Dont: recettes fiscales

 

9,6

 

6,9

 

Dépenses totales

 

17,6

 

14,8

 

Paiement d'intérêts

 

2,0

 

1,8

 

Dépenses courantes hors intérêts

 

7,9

 

6,5

 

Dépenses en capital

 

7,2

 

4,4

 

Balance globale)

 

 

 

 

 

y.c. dons

 

-3,5

 

-4,8

 

Balance globale (base caisse)

 

-3,6

 

-5,4

 

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L’année 2002 a été caractérisée par une flambée de l’inflation avec un pic de 26,7% en Mai.  Mais un fléchissement est constaté courant 2ème trimestre. L’inflation moyenne est estimée à 15,7%.

Les avoirs extérieurs de Madagascar dont le gel a été décrété en mars 2002 ont pu être débloqués au mois de juin.

Les niveaux des importations et des exportations ont diminué par rapport aux années antérieures. La baisse des exportations, notamment celles des entreprises franches, a entraîné une détérioration de la balance commerciale: -4,5% du PIB.

Le taux de pression fiscale se situe à 6,9%. La baisse des activités dans presque tous les secteurs durant la crise a frappé de plein fouet les recettes de l’Etat. Une accélération des entrées des recettes a été constatée depuis Juillet-Septembre 2002.

Les dépenses totales ont accusé une baisse: elles se chiffrent à 14,6% du PIB si 21% ont été prévus. Pendant la période de crise, les dépenses de salaires et de pensions ont été régulièrement honorées, les autres postes de dépenses ont été réduites au minimum.

Le déficit des opérations globales du Trésor se situe à 5,3% du PIB. Pour le financement de ce déficit, le Gouvernement s’est efforcé d’obtenir le soutien des partenaires extérieurs, ainsi que de rouvrir le marché de Bons de Trésor par adjudication le 21 octobre 2002.

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II      Le Redressement après crise

II.1      Le Programme de Redressement

II.2     Le Financement Extérieur Face à la Crise

II.3     Les Actions Entreprises

II.3.1   Les infrastructures routières

II.3.2  Soutien aux plus vulnérables

II.3.3  Filet de sécurité

II.3.4  Développement rural

II.3.5  Relance du secteur privé

II.3.6  Appui spécifique aux entreprises publiques

II.3.7  L'intervention FID IV au niveau des communes

III    La Loi des Finances 2003

IV    Le Document de Stratégie de Réduction de La Pauvreté (DSRP)

IV.1     Evolution du processus DSRP

IV.2     Ateliers régionaux thématiques