Numéro 16 - Avril 2004

 

LE RIZ A MADAGASCAR?

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L'année 2004 a été décrétée « Année Internationale du Riz » par les Nations Unies. Seize pays, dont Madagascar, adhèrent à ce projet sous l’égide de la FAO. Le lancement officiel des manifestations s’est tenu le 20 Février 2004 et diverses conférences et tables rondes figurent au programme jusqu’à la fin de l’année. Le slogan retenu est « Le riz,  c’est la vie ».

 

Pour Madagascar, le riz est un produit à la fois économique, social et politique. Produit de première nécessité, il a une place importante dans tous les domaines de la vie des Malgaches.

 

Il constitue le principal aliment des Malgaches. En 2003, 63% des ménages malagasy ont cultivé le riz. En milieu rural, 73% des ménages sont des riziculteurs.

 

En 2003, la production de Paddy est de 2 800 000 tonnes, soit une hausse de 7,06% par rapport à 2002 grâce notamment à des conditions climatiques favorables, à l'augmentation des superficies cultivées et aux impacts des programmes et actions entreprises par le Gouvernement à l'augmentation des  superficies  cultivées  et  aux  impacts  des

 

 

programmes et actions entreprises par le Gouvernement dont le Programme  d'Action pour le Développement Rural (PADR), les divers projets de développement, le développement de la recherche, la facilitation de l'accès au crédit, l'opération engrais, l'opération petits matériels agricoles, les mesures d'exemption fiscale au matériel et équipement agricole,…

 

De même, le paddy contribue le plus à la formation de revenus d'une grande majorité des ménages ruraux. Il est également générateur et créateur d'emplois du fait des techniques de cultures qui restent encore dans une large mesure très traditionnelles et exigent un recours important à la main d'œuvre salariée (10 à 15% des dépenses des paysans) et à travers la commercialisation des intrants, de l’équipement / matériel et dans les services d’appui au milieu rural.

 

Bien que la filière rizicole malgache comporte des atouts notamment (i)un ensemble de situations agro-écologiques favorables et un savoir–faire séculaire, (ii) un niveau de consommation élevé, (iii) le développement d'un potentiel de recherche,et enfin (iv) les impacts positifs non négligeables de la mise en œuvre des projets de développement dans les zones de couverture, la filière est caractérisée par une offre nationale insuffisante, des rendements faibles (2 tonnes/ha en moyenne) et une activité de subsistance.

 

Pour combler l’insuffisance d’offre, Madagascar importe régulièrement du riz. Sa part dans les importations CAF totales n'a cessé d'augmenter au cours de ces dernières années passant de 3,7% en 2000, à 7,7% en 2003. Le solde des échanges de riz (exportations – importations) est de l'ordre de 303 milliards de fmg en 2003 (sources INSTAT), soit -0,9% du PIB en termes courant contre -0,8% en 2001 et -0,2% en 2002.

 

Le développement de la filière riz est entravé par des problèmes de production et de commercialisation en l'occurrence des conditions climatiques défavorables (dépressions ou cyclones tropicaux et amplitude de variation des pluies), l'enclavement de certaines zones de production, un prix au producteur peu incitatif, l'état défaillant des réseaux d’irrigation, une mauvaise maîtrise de l’eau, un faible taux d’équipement, une faible utilisation d'intrants, une faible application d’itinéraires techniques améliorés, des coûts élevés de main d’œuvre, la rareté et cherté du crédit et l'insécurité foncière.

 

Des programmes et actions ont été entreprises par le Gouvernement pour le développement de la Filière, ceci en vue d'atteindre les principaux objectifs définis dans le DSRP en matière de développement rural notamment la réduction de la pauvreté rurale, la sécurisation alimentaire et l'utilisation optimale des ressources. Les activités sont réalisées dans le cadre du PADR, des programmes et projets de développement. Elles ont consisté entre autres en : opération engrais, réhabilitation de pistes rurales,  mise en place de sous-projets d'unité de stockage et de transformation, opération petits matériels agricoles, établissement de titres fonciers, mise en place du Tranoben'ny Tantsaha, mesures fiscales portant exemption des taxes pour les intrants agricoles.

 

La production de paddy est prévue atteindre 3 600 000 tonnes en 2004.

La disponibilité en riz blanc de quelques 2 124 000 tonnes en 2003 n’arrive pas à combler les besoins  en riz de la population.  

 

I- La Production de Riz

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I-1 Le Volume de la Production

 

Année

Production de Paddy (tonnes)

Population

1960

1 200 000

5 505 900

1970

1 900 000

6 788 000

1990

2 420 000

11 239 000

1995

2 450 000

12 903 000

1996

2 500 000

13 265 000

1997

2 558 000

13 636 000

1998

2 447 000

14 018 000

1999

2 570 300

14 410 000

2000

2 480 470

14 814 000

2001

2 662 470

15 229 000

2002

2 603 965

15 655 000

2003

2 800 000

16 093 000

 

Source : Service des statistiques agricoles, MAEP.

 

La production de paddy pour la campagne 2002-2003 est de 2 800 000 tonnes répartie en 670 000 tonnes de première saison et 2 100 000 de deuxième saison.

 

De 1990 à 2003, le taux de croissance moyen annuel  de la production de paddy est de 1,2% tandis que celui de la population est estimé à quelque 2,8%. Ainsi, la production moyenne de riz par tête n’est plus que de 111 kg en 2003, elle était encore à 133 kg en 1990.

 

Si l’on remonte encore dans le temps et considérant la production de paddy de l’année 1960 qui était de 1 200 000 tonnes, sa croissance jusqu’en 2003 est d’à peine 2% en moyenne par an si celui de la population est de 2,53%.

 

La production de riz de luxe a accusé une baisse permanente dans le temps. C’est à peine si nous produisons actuellement 5 000 tonnes de Madrigal Ali Kombo à Marovoay.

 

I-2 La Répartition Spatiale de la Production de Paddy

 

En terme spatial, le riz est cultivé un peu partout sur le territoire malgache même dans la Commune Urbaine d’Antananarivo, mais les sous-préfectures d’Amparafaravola et d’Ambatondrazaka sont les plus productrices. Sur presque toutes les Hautes Terres, et dans les régions du Moyen-Ouest et du Menabe, le riz est la principale culture occupant les terres agricoles.  De plus, l’enquête agricole de la campagne 2003 attribue 36% des terres cultivées à Madagascar à la riziculture.

 

Les Sous-Préfectures les plus Productrices de Riz par province

(Campagne 2002-2003)

 

Province

Préfecture

Production de Paddy (tonnes)

Antananarivo

 

779 685  

 

 Betafo

87 055  

 

 Miarinarivo

77 931  

 

 Soavinandriana

65 318  

 

 

 

Fianarantsoa

 

557 772  

 

 Fianarantsoa II

120 975  

 

 Vangaindrano

46 423  

 

 Farafangana

35 496  

 

 

 

Toamasina

 

519 691  

 

 Amparafaravola

156 201  

 

 Ambatondrazaka

117 466  

 

 

 

Mahajanga

 

478 377  

 

 Marovoay

62 290  

 

 Ambato Boéni

60 905  

 

 

 

 Toliara

 

251 119  

 

 Betioky

45 631  

 

 Morombe

40 331  

 

 

 

 Antsiranana

 

212 636  

 

 Vohimarina

38 291  

 

 Ambanja

32 940  

 

Source : MAEP, Enquête Annuelle sur la Production Agricole, Campagne 2002-2003.

 

Pour la récolte 2003, la répartition par province de la production de riz est présentée dans le graphique suivant.

 

 

Source : MAEP, Enquête Annuelle sur la Production Agricole, Campagne 2002-2003.

 

Avec 28% de la production rizicole nationale, Antananarivo arrive en première position, puis viennent Fianarantsoa et Toamasina avec 20%, Mahajanga produit 17% du riz local.

 

I-3 Les Saisons Rizicoles

Les saisons rizicoles sont déterminées par la période de récolte. En général, 70% de la moisson de riz de l’ensemble du territoire malgache se font entre les mois d’Avril et de Juin. Les « vary aloha », « vary asara » ou « vary ririnina » se récoltent  entre Janvier et Mars et constituent 12% de la production rizicole. Dans la région de Marovoay, 67% du riz se récoltent entre Juillet et Septembre, c’est ce qu’on appelle le « vary jeby ». Tandis que dans l’Alaotra, le « vary vakiambiaty » (entre Avril et Juin) représente plus de 91% de l’ensemble de la production de la région.

 

    Certains agriculteurs pratiquent la pluri-récolte : les cultures de première et de deuxième saison. Les cultures de deuxième saison ne sont possibles que sur les terrains à bonne maîtrise d’eau. Elles ne peuvent pas se faire sur les tavy et les tanety qui sont très dépendante de la pluviométrie.

 

I-4 Les Types de Champ de Riz

 

A Madagascar, on trouve 3 grands modes de culture selon les caractéristiques du champ de riz :

 

o        La riziculture sur tavy qui est une culture de riz pluvial sur défriche-brûlis de forêt dense humide naturelle. Son effet sur l’environnement a toujours été critiqué mais de nouvelles idées s’y rapportant commencent à apparaître.  En effet, selon Sigrid Aubert, Serge Razafiarison et Alain Bertrand dans « Déforestation et systèmes agraires à Madagascar : les dynamiques des tavy sur la côte orientale », le tavy est un bon compromis entre le risque climatique (ravage des cultures par les cyclones), « la disponibilité en main-d’œuvre et la sécurité alimentaire. Il s’adapte bien à la logique paysanne qui n’a pas le moyen capital pour investir dans la riziculture irriguée. Il faut ainsi valoriser la pratique du tavy par la mise à disposition des nouveaux itinéraires techniques et de nouvelles variétés de riz plus productives aux paysans ».

 

o        La riziculture aquatique qui englobe aussi bien les cultures irriguées que celles inondées de bas-fonds ou de plaine. La riziculture irriguée est celle pour laquelle l’eau utilisée est drainée sur le terrain de culture par des réseaux artificiels, par des aménagements plus ou moins importants qui donnent lieu aux projets de Petits ou Grands Périmètres Irrigués.

 

o        La riziculture sur tanety qui est aussi une culture pluviale.

 

I-5 Les Modes de Culture du Riz

 

A chaque région sont attribuées ses pratiques et techniques culturales.

Certains cultivateurs optent pour les techniques traditionnelles  dont les caractéristiques se résument en : sans labour ou labour à l’angady, semis direct, repiquage en foule, fumure organique, sans sarclage ou sarclage manuel. A l’instar des cultivateurs de la Côte Est qui opèrent par le semis direct juste après piétinement du champ, sans labour ni entretien, tandis que le système de repiquage est très usité sur les Hautes Terres.

 

D’autres ont été plus perméables aux techniques modernes ou, en d’autres termes le Système de Riziculture Amélioré (SRA) : repiquage en ligne, utilisation de semences améliorées, adoption de jeunes plants, sarclage mécanisé et apport de fertilisants minéraux. Ce système est adopté sur près du quart des superficies emblavées de Madagascar, surtout sur les Hauts Plateaux.

 

Dans tous les cas, il est observé que les paysans cherchent à minimiser leurs apports en travaux. Ce qui entrave quelque peu l’application du système de riziculture intense (SRI) qui requiert un volume de travail assez volumineux et une assiduité sans faille.

 

I-6 Le Système de Riziculture Intensive

 

Le SRI est une méthode développée à Madagascar dans les années 80. C’est un ensemble de règles qui recommandent aux utilisateurs de recourir à plusieurs techniques non conventionnelles y compris le semis à sec, la transplantation de jeunes plants de riz de moins de 20 jours à raison de un plant par trou, un espacement de 20 X 20 cm, désherbage fréquent et contrôle du niveau de l’eau afin d’aérer les racines pendant la période de croissance du plant.

 

L’exigence en maîtrise d’eau et le coût des dépenses de production très élevés constituent un frein à l’expansion du SRI.

 

I-7 Les Riziculteurs

 

Il y a 2 millions de petits producteurs de riz à Madagascar dont plus de 60% ne disposent même pas de 60 ares de rizière. Un tiers de ces exploitants sont en situation de subsistance, ils ne produisent que quelques 800 kilos sur une surface de moins de 1 hectare.

 

I-8 Les Matériels et Inputs

 

Le niveau d’équipement des riziculteurs malgaches est très limité. Les tracteurs et motoculteurs ne sont utilisés que dans la région du Lac Alaotra et du Nord-Ouest et concernent dans ces zones qu’une infime minorité de riziculteurs (respectivement 2,5% et 0,6%).

Les reliefs très variés de Madagascar se prêtent plus facilement à la culture attelée qu’à la mécanisation (terrains pentus, petites superficies, élevage bovin) qui ne concerne qu’une minorité d’exploitants (0,1 à 0,2% dans l’ensemble du